Apprendre le solfège à la guitare, utile ou futile?

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Voici un débat qui fait souvent couler de l’encre et délie les langues dans le monde de la musique, et plus particulièrement dans le milieu étroit de la guitare. En effet, apprendre le solfège à la guitare semble être une question légitime au vu du nombre croissant de personnes autodidactes qui pratiquent cet instrument et en restent à un stade débutant. Les autres musiciens, baignant plus aisément dans l’apprentissage des lois et codes théoriques grâce à leur dispense obligatoire dans les conservatoires et les écoles de musiques sérieuses, ont largement moins tendance à mettre l’utilité de son usage en doute. Le guitariste semble ainsi faire exception dans la sphère musicale en dépit du bon sens pour beaucoup d’instrumentistes, alors qu’un nombre grandissant d’autodidactes justifient cette lacune et vont jusqu’à la revendiquer.

Le solfège et la théorie seraient inutiles, rien d’autre que des freins artistiques barbants et ineptes. Qu’en est-il vraiment de notre alphabet musical?

UN FREIN À LA CRÉATIVITÉ?

Parmi les dissidents des codes écrits, beaucoup mettent en avant la thèse que le solfège nuirait à la créativité. Pourquoi s’embêter à apprendre des notes alors que certains compositeurs ou improvisateurs évoluent dans leur pratique sans parfois en connaître une seule? Citons Jimi Hendrix ou Kurt Cobain qui composaient d’oreille, ou encore Django Reinhardt qui disait “avoir cassé la corde au dessus de la petite” quand sa corde de Si rendait sa dernière vibration.

Si la théorie musicale leur faisaient défaut, la qualité de ces génies résidaient dans leur oreille. Car oui, nous parlons bien de génies et d’exceptions, et on en dénombre rarement plus que les doigts d’une seule main par demi-siècle. Dans la mesure où le solfège apprend à entendre, maîtriser les notes, les gammes, les accords et les cadences dans leur globalité donnera du sens et aidera à transcender les capacités du guitariste faisant partie du commun des mortels.

Les improvisateurs pourront s’enrichir plus aisément de l’apprentissage de gammes exotiques, piocheront des idées de phrasé dans le travail des arpèges, le travail mélodique et de divers patterns, claves et figures rythmiques. Quant aux compositeurs, la prise de référence et la compréhension des constructions harmoniques et mélodiques paraît indispensable en parallèle de la construction d’une identité propre, au même titre que pour les autres disciplines artistiques telles que les arts visuels. La créativité ne pourra en être que renforcée.

POURQUOI APPRENDRE LE SOLFÈGE À LA GUITARE

Pour les amateurs qui souhaitent simplement jouer, pourquoi apprendre le solfège si tout ce qui peut motiver est uniquement la pratique de l’instrument? Deux raisons à cela. La première étant de savoir communiquer avec les autres musiciens, la musique se partage et est un vecteur important de sociabilité, savoir communiquer et échanger avec d’autres instrumentistes ou chanteurs qui fonctionnent avec ces codes semble être une évidence biblique.

La seconde est de booster sa mémoire. L’association de sons à des syllabes est un outil de mémoire extrêmement puissant permettant de mémoriser à l’échelle de décennies, en plus de développer les différents types d’oreille (absolue, relative, harmonique) tant pour les notes que pour les accords. À plus ou moins forte dose, chacun a besoin à un moment donné d’une part de théorie musicale dans sa pratique, ne serait-ce que pour découvrir, redécouvrir ou approfondir certains principes que l’on expérimente déjà en jouant, ou de mieux comprendre certains fonctionnements et codes de notre bagage musical. Une part de solfège servira toujours à donner du sens à ce que l’on joue, ce que l’on entend, et donc finira toujours par bonifier la pratique de l’instrument.

THÉORIE MUSICALE : APPRENDRE À ENTENDRE

Internet a très vite démocratisé la tablature comme mode de transmission écrite, à une époque où les modems 56k ne permettaient qu’un flux restreint de données. Les vidéos qui ont fleuri par la suite on confirmé l’installation de ce mode d’écriture visuelle comme un standard, apportant une approche très intuitive de l’écriture. C’était sans compter des lacunes profondes comme le manque de rythme et le fait qu’un numéro de case reste… un numéro de case sur une corde.

Connaître les notes c’est nous donner l’ouverture de développer notre oreille. Savoir ce qu’est une octave semble fondamental, les notations latine ou anglo-saxonne apportent de fait cette information, et a fortiori introduit la compréhension des autres intervalles, qui débouche sur les accords, etc. Contrairement aux idées reçues l’apprentissage du solfège est facile car il correspond toujours à des choses concrètes que l’on écoute et que l’on joue. Il existe d’ailleurs de très bons livres sur le sujet que je recommande.

À la fois un système complet d’écriture et une grammaire des sons, le solfège est aussi une science du temps qui permettra de mieux comprendre, structurer, ressentir et mémoriser la musique dans le temps. Marier la théorie à la pratique ne peut qu’apporter du positif sur tous les plans de l’évolution du guitariste, amateur ou professionnel, si tant est que cette alliance soit faite en bonne intelligence et en adéquation avec le style et les objectifs, et mes élèves en font l’expérience dès les premières séances de mes cours de guitare, et régulièrement par la suite.

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Showing 11 comments
  • Brad
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    Très bon article, je partage ton point de vue. Le solfège, quelles que soient les ambitions de pratique, a toujours une précieuse utilité. Merci Saturax !

    • Jéremy Dessendier
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      Je partage aussi son point de vue, merci Saturax 😉

  • Marc Philippot
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    Excellent article, j’ai été autodidacte pendant presque 20 ans en stagnant une bonne partie, et c’est vrai qu’avoir un prof pédagogue qui m’a appris le solfège a été un renouveau! Quand j’étais à l’école toute la théorie était rebutante un peu pour tout le mobde, mais c’est surtout qu’elle était mal enseignée. Donc je rejoins à 100% l’analyse de Saturax parce que depuis je me débrouille mieux, j’entends plus de choses et ça a complètement changé ma pratique, même si j’en fais que pour le plaisir..

  • Mathias
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    Excellent Robin!! à dire vrai je suis 100% d’accord avec toi, moi qui suis un vrai autodidacte. Je ne connais aucune note, ni même le nom des accords que je joue….Ce qui explique certainement pourquoi j’ai souvent l’impression de tourner en rond. Cependant, le fait d’être autodidacte permet d’évoluer dans les sons, les rythmes qui me touchent vraiment..d’ailleurs on s’appercoit vite que l’on reste très souvent dans les mêmes gammes et c’est seulement après, en étudiant un peu les choses, qu’on s’appercoit que tel ou tel mode nous convient parfaitement. Tout ça pour dire en fait, qu’être autodidacte est vraiment utile pour ce connaître réellement musicalement mais que la théorie est aussi utile pour l’approfondir ensuite….Malheureusement, pour ma part en tout cas, il est souvent trop tard pour trouver le temps nécessaire. Sans dire que la mémoire se travail jeune et que évidemment on assimile beaucoup plus vite les choses à 15 ans qu’à 45 ans. En tout cas bravo à toi, comme d’habitude tu nous explique les choses clairement dans un phrasé très pro.

    • Stew
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      Souvent en étant autodidacte on a aussi un autre métier à coté.. donc on va plus passer de temps a jouer plutot qu’a se concentrer sur la théorie. On tourne un peu en rond mais si on prend du plaisir à jouer c’est le plus important!!

  • Rudy
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    Je trouve ton article très bon je vois les tablatures comme un dialecte différent même si nous parlons tous la même langue en musique tout le monde entend les même notes.
    Personnellement je n’aime pas lire des partition car je dois réfléchir au doigté j’ai néanmoins appris mes gammes pour l’impro les temps d’une mesure et les rythmes (croches noires etc…) et pour finir les notes de mon manche. Je trouve très satisfaisant une tablature avec rythme car le doigté y est déjà. Mais je pense que se n’est qu’une question d’habitude certains verront plus facilement une case 10 plutôt qu’un Ré et inversement. C’est donc un avis qui sera différent pour chaque gratteux ?

    • Isabelle
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      Oui je pense qu’on en a tous besoin à un moment donné, il m’a beaucoup servi pour ma part !

  • Thierry
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    Entièrement d’accord. ..Le solfège c’est comme une langue. ..Ça sert à communiquer..Et partager…Et jouer ensemble

  • Stratofred
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    je n’ai pas eu la chance d’apprendre le solfège, et il me manque cruellement. je suis guitariste amateur, éternelle débutant, et je suis convaincu que cette apprentissage serait (ou sera) un plus. je suis d’accord avec Thierry, le solfège est une langue, et en plus, une langue universelle, puisqu’elle s’écrit et ce parle de la même façon dans le monde entier.

  • nicky
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    c’est une hérésie la manière dont on enseigne un instrument dans une école de musique ! En général, ils te font bouffer du solfège pendant deux ans avant que le môme ne touche véritablement son instrument ( s’il endure ce calvaire dont l’abstraction fait non sens).
    Alors, OUI le solfège est utile, posséder les bases de l’harmonie c’est génial, mais qu’on le fasse conjointement avec l’apprentissage des gestes et surtout, qu’on fasse travailler l’oreille !!!
    Didier Lockwood a remis un rapport il y a quelques jours au premier ministre, le priant de ne pas faire enseigner le solfège avant l’âge de 11 ans.
    Sans solfège, rien qu’avec un instrument dans les mains, énormément de grands musiciens, voire même exceptionnels, ont appréhendé leur instrument comme un langage instinctif, comme Victor Wooten à la basse pour ne citer que le premier nom qui me vienne sur une longue liste. Donc tu n’es pas « condamné » à rester « débutant ». Le solfège est très utile pour ce qu’on veut en faire, en général, dans mes cours, j’ai des musiciens autodidactes qui débarquent car ils stagne et ne peuvent s’exprimer comme il le voudraient. La théorie, certaines logiques leur sont alors indispensables, il en va de même pour la technique.
    Ce que dit Steve Vai dans ton interview va dans ce sens.
    Ma pédagogie anglosaxonne va dans la théorie associée au geste. Rien de plus rapide à assimiler.
    Les dictées de notes et ce genre de choses…je ne suis pas convaincu.
    Voilà, c’était mon expérience. Voici 15 ans que j’enseigne le chant et la guitare, la basse également, j’ai suivi un enseignement tardivement, mais qui m’a été très utile.
    Le tout est de donner les armes pour s’exprimer, le solfège en est une, mais elle co existe avec le geste et la technique. Les doigts et le cerveau, les oreilles sont les premiers instruments. la guitare ensuite, ou tout autre « instrument ».
    Merci de m’avoir lu et ùerci pour tes interviews et articles.
    Musicalement.

    • Charlie Huguet
      Répondre

      Depuis des années que je dis à mon fils guitariste qu’il faudrait qu’il s’y mette sérieusement, voila tout un tas de bonnes raisons. Est-ce que vous donnez des cours de solfège via Skype? Nous habitons trop loin de Paris malheureusement.

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